Le royaume de Nikki. La grogne des Baatombu

Grogne des Baatombu, octobre 2018

Les conflits de pouvoir entre princes Baatombu ont contribué à l’effritement puis à la fragilisation du royaume de Nikki. Certaines chefferies autour de Nikki, en signant des traités avec les Européens, facilitèrent leur ancrage dans la région. C’est le cas de Akpaki Dafia, chef de Kparaku qui signa un traité le 4 novembre 1894 avec les Français. Le 26 novembre 1894, c’est le tour de Sina Boko, roi suprême des Baatombu de signer un contrat d’amitié avec les Français. Ces traités, appréciés différemment des deux côtés, constituent le point de départ de l’implantation française dans l’actuel nord du pays.

L’administration française, dans son organisation du Haut-Dahomey comme elle l’appellera plus tard, fit des découpages territoriaux en divisant la région des Baatombu en deux grands cercles : le cercle de Parakou et le cercle de Kandi, Nikki se retrouva comme une subdivision de Parakou. La subdivision de Kouandé, région baatonu, se retrouva dans le cercle de Natitingou. Première conséquence de ce découpage : les anciennes chefferies secondaires devinrent des centres administratifs importants et certaines chefferies baatombu se retrouvèrent annexées à d’autres régions.

Les subdivisions furent divisées en cantons et la gestion des cantons confiée à certains princes qui acceptèrent de collaborer avec la nouvelle administration. Mais leurs pouvoirs étaient trop restreints dans des limites territoriales trop étroites. A titre comparatif, dans des territoires sous contrôle britannique, les pouvoirs des mêmes chefs en matière judiciaire, disciplinaire et administrative étaient beaucoup plus larges, ce qui leur permit de conserver à la fois l’autorité et le prestige ainsi que des ressources financières importantes.

Une autre conséquence administrative, et pas des moindres, fut la création dans chaque subdivision d’une ou de plusieurs chefferies peulh, dépendant directement de l’administrateur, ce qui contribua encore à diminuer les pouvoirs des chefs cantons, les anciens maîtres. Dans

certaines régions, l’administration permit même aux chefs peulh de prendre le contrôle des villages gando (lire Bénin Couleurs Juin 2018), qui étaient recensés avec ceux des Peulhs, si bien que, parfois, l’influence de certains chefs peulh devint plus importante que celle des autres princes baatombu.

…L’orientation de la colonisation française, d’abord politique et administrative, a été mal supportée dans les débuts, notamment dans les couches supérieurs de la société, les « princes ». Ces derniers, pendant de longues années, n’ont jamais accepté de voir leurs prérogatives abolies et d’être obligés de se soumettre à la loi des Européens, eux qui jadis n’obéissaient guère qu’au roi lui-même. Certains d’entre eux formatèrent des révoltes qui furent parfois bien organisées et allèrent jusqu’à avoir le caractère, notamment en 1897, d’une véritable insurrection nationale… (La vie politique dans une ancienne société de type féodal : les Bariba du Dahomey Jacques Lombard Cahiers d’Etudes africaines / Année 1960 / 3 / pp. 5-45).

Ces découpages territoriaux ont fait grincer des dents au sein de la communauté baatonu. Et d’autres fâcheux événements amèneront le peuple baatonu à créer une série de poches de révoltes qui se transformeront très vite en véritables résistances contre l’administration coloniale française.

A suivre…

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