Focus. Le rêve brisé des working girls de Claire Leost

Focus : le rêve brisé des working girls
Le rêve brisé des working girls

Dans Le rêve brisé des working girls, Claire Léost décrit le parcours professionnel de dix femmes diplômées d’HEC, âgées de 35 à 40 ans et qui n’ont pas eu ou n’ont pas la carrière à laquelle elles pouvaient prétendre grâce à leur prestigieux sésame. Je cite : « Dix carrières qui ont buté sur un patron, un collègue, un partenaire, un mari et plus souvent encore sur elles-mêmes ».

Claire Léost, 36 ans, diplômée de Sciences-Po Paris et d’HEC, 2 enfants, est actuellement éditrice. A l’occasion des 15 ans de leur promo HEC (46% de filles,

54% de garçons), Claire Léost constate que sur la trentaine de femmes, une quinzaine ont vu un certain nombre de leurs rêves brisés. "La moitié d’entre nous seulement exerce une fonction dite  à responsabilité. Les autres attendent une promotion qui ne vient pas ou ont abdiqué toute ambition de faire carrière. Dans le même temps, les hommes ont tous progressé dans la hiérarchie ou créé et revendu leur entreprise".

Face à cette situation, elle ressent un sentiment de « gâchis ». A travers ce livre, elle essaye de comprendre pourquoi ses amies ont « craqué et abandonné, pour la plupart, leur carrière ? ». Pourquoi ce gouffre entre les résultats scolaires de ces filles, brillants, et leur très faible présence dans les hautes sphères des entreprises ?

Selon Claire Léost, différents pièges viennent se dresser devant les femmes et nombreuses sont celles à tomber dedans, au lieu de les éviter. Elle s’appuie sur ces 10 parcours féminins pour les détailler : le piège de la grossesse, le piège de l’apparence physique, le piège du conjoint (et de l’expatriation), le piège des réseaux féminins, le piège du travail à la maison, le piège des start-up « patriarcales».

Pour elle, l’explication de cette situation n’est pas tant une conspiration des hommes et des entreprises, que le fait et la responsabilité des femmes : « Nous n’osons pas parler d’argent, nous attendons passivement que nos mérites soient récompensés, nous travaillons dur mais discrètement, sans faire de bruit, sans nous mettre en avant. Nous manquons de confiance, doutons de nos capacités quand « eux » doutent avant tout d’être suffisamment bien payés » écrit-elle. Ne pas attendre que les entreprises ou les hommes changent, mais c’est aux femmes, de changer leurs comportements dans l’entreprise.

Claire Léost propose quelques mises en garde et conseils :

  • ne pas hésiter à (mieux) négocier son premier salaire. 57% des hommes le font, mais 7% seulement des femmes
  • bien choisir son premier poste, ne pas rater cette première marche
  • oser demander une augmentation et une promotion
  • oser s’exprimer même au sein d’une assemblée très majoritairement masculine
  • apprendre les codes de l’entreprise qui ne sont pas ceux de l’école et pour lesquels les garçons seraient bien mieux préparés.

Les filles, souvent meilleures élèves que les garçons, sont attachées au système scolaire méritocratique fondé sur le travail, l’application, la constance, la norme… « Mais les règles de l’entreprise sont différentes, les promotions récompensent plus souvent les revendications que les mérites ».

Claire Leost reconnaît être elle-même tombée dans certains de ces pièges. Lors de son premier poste, elle n’a jamais parlé d’argent: «pour moi, c’était malpoli, on m’avait appris à ne jamais demander, réclamer ». De même, elle avoue ne pas avoir participé plus que cela aux réseaux. Elle reconnaît avoir tendance, comme beaucoup de femmes, à se recroqueviller sur elle-même, « or c’est très mauvais pour progresser ». « Le midi, je ne vais pas déjeuner avec mes collègues pour boucler mon travail et ne pas rentrer trop tard le soir. En revanche, je suis quelqu’un d’assez cynique et je ne suis pas naïve. Je pense donc ne pas être tombée dans tous les pièges. Par exemple, au moment de la maternité, j’ai bien vu qu’il y avait des commentaires plus ou moins bienveillants et qu’il fallait que je résiste. Comme j’étais en pleine forme, c’était à moi de décider si j’avais envie de rester ou pas et ce n’était ni à mon patron, ni à mon mari ni à mes collègues de dire à ma place ce qu’il fallait que je fasse »

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