Histoire du dessin

Préhistoire

Des peintures rupestres datant de plus 10 000 ans témoignent que le dessin a toujours été pour l'homme un soucis constant.

Romains

Ils pratiquent l'incision. C'est un procédé de dessin le plus ancien, utilisant des pointes de métal (or, cuivre, argent ou plomb) sur un support en papier ou un parchemin recouvert d'un enduit de poudre d'os, de gomme arabique et de pigments colorés, qui permettent de donner à la "carta tinta" toutes les couleurs désirées.

La Renaissance

Les grands peintres de cette époque soumettaient leurs propositions sous formes de dessins achevés à leurs clients susceptibles de commander un portrait
Hélas, la plupart des études préparatoires étaient détruites une fois le projet terminé.

Le XVIe siècle

Le dessin a acquis un statut au même titre que la peinture.
Vasari, l'un des fondateurs de l'Accademia del disegno (Académie de dessin) en 1563, et auteur des célèbres Vies, ne manque pas de rappeler qu'il possède des dessins de tel ou tel artiste dont il brosse le portrait.  Il préfigure ainsi les grands collectionneurs.

Le XVIIe siècle

C'est le siècle du dessin. Les symboles graphiques composent "une théologie muette" (Le Brun) et soutiennent la couleur par les règles du dessin (perspective, anatomie, composition et lois du clair-obscur). De 1667 à 1699 renaît en France l'ancienne controverse italienne entre disegno et colore. Les dessins de Rembrandt, de Poussin et du Lorrain sont rehaussés de bistre ou de sépia pour mieux suggérer la lumière. Mais le procédé de la "taille rangée" (croisement de traits parallèles définissant les ombres), très souple au XVI e siècle, se systématise (De la manière de graver à l'eau-forte et au burin, Abraham Bosse).

Rembrandt, le plus grand maître de la taille-douce, sait exploiter à fond la complémentarité des trois procédés de base : manière noire, eau-forte et burin.

XVIIIe siècle

Le burin est abandonné et remplacé par la lithographie, inventée par Aloys Senefelder en 1798. On préfère la nervosité du trait de plume (Guardi, Tiepolo, Canaletto) et la douceur du procédé des trois crayons : sanguine, craie blanche et pierre noire d'Italie (Watteau, Fragonard). Nicolas-Jacques Conté invente, à la fin de ce siècle, le graphite artificiel.

Le XIXe siècle

La plume d'acier s'est substituée aux autres, mais Van Gogh continue à utiliser le roseau par admiration pour Rembrandt. Seurat et Redon dessinent au fusain et au crayon Conté,  Ingres use de la mine de plomb, comme Corot et plus tard Degas.

Les romantiques, fascinés par le clair-obscur, font leurs délices du fusain, du crayon et de l'encre (Goya, Delacroix, Daumier, Millet) et pratiquent le dessin de mémoire.
L'aquatinte, dont l'estampe est semblable à un lavis d'encre de Chine, a été pratiquée par Goya. L'invention de la photographie libère la gravure de sa fonction utilitaire et lui permet d'acquérir l'originalité (lithographies de Delacroix, de Gavarni).

La gravure sur bois est remise à l'honneur par Gustave Doré, Gauguin et Edvard Munch.

En cette fin de siècle, le dessin, éclectique chez Auguste Renoir, qui associe volontiers la manière d'Ingres et celle de Rubens, marqué par le japonisme et par Watteau chez Toulouse-Lautrec, a surtout un avenir social : le dessin humoristique, héritier de Daumier, est édité par de nombreuses revues : Le Rire (1894), dans laquelle Toulouse-Lautrec publia des lithographies, L'Assiette au beurre ou Le Figaro, avec des dessinateurs comme Forain, Steinlen, Caran d'Ache. Le Suisse Rodolphe Töpffer invente la bande dessinée (Mr. Jabot, 1835).

Le XXe siècle

En affirmant que " la concision est une nécessité et une élégance ",Manet caractérise bien le dessin. La transcription en gravure des dessins cubistes est dépassée par Jacques Villon et le dessin surréaliste est illustré par Max Ernst et Salvador Dalí (gravures pour les Chants de Maldoror de Lautréamont). Malevitch, Klee, Kandinsky, peintres et pédagogues, couvrent des cahiers d'études graphiques. Dunoyer de Segonzac, dessinateur et graveur de la nature, emporte dans une brouette ses plaques de cuivre couvertes de vernis, qu'il grave directement sur le motif.  Picasso a la passion du dessin, du trait et de la calligraphie : il répète à foison ses thèmes favoris : saltimbanques, minotaures, fauves, bacchanales, corridas et colombes.

Les arts graphiques se renouvellent entièrement : l'affiche est collectionnée, l'illustration de livres s'adjoint les plus grands noms (Matisse pour Pasiphaé de Montherlant, Chagall pour Les Âmes mortes de Gogol, Masson pour Les Conquérants de Malraux).

La bande dessinée, connaît en ce siècle un essor prodigieux.

Le sens du terme dessin évolue avec l'histoire des arts visuels. Le mot dessin est tiré de dessigner, avec l'influence de l'italien disegno signifiant représentation graphique (1444). Le terme italien signifiait à la fois la pratique, et le projet ou intention. Ce double sens a été conservé avec le mot français dessein. Ce n'est qu'au 18ème siècle, vers 1750, que le champ sémantique évolue, dessin (sans ‘’e’’ après ‘’ss’’) ne signifiant plus que la mise en forme. Le sens de projet ou de conception a été conservé dans le terme anglais design qui vient de l'italien designo et du français dessein. Il faut envisager les deux sens du mot, même si l'amateur peut s'intéresser aux dessins produits à titre de préparation d'un ouvrage, aussi bien qu'à ceux valant pour eux-mêmes (Jacquet 2010).

Le dessin, comme projet d'un ouvrage, se trouve partout dès le Moyen Âge dans les arts plastiques, y compris l'orfèvrerie et la mode. Il résume et développe la pensée plastique de l'auteur, et lui permet de la présenter à ses clients ou commanditaires, sous une forme plus légère et demandant moins de temps que la réalisation définitive. Les dessins n'étaient pas en général destinés à être conservés. Cependant, selon Paul Valéry, « le souci de la personne et de l'instant l'emportant sur celui de l'œuvre en soi et de la durée, la condition d'achèvement a paru (…) contraire à la vérité, à la sensibilité et à la manifestation du génie (…) l'esquisse a valu le tableau », et ce goût s'est aussi porté vers les projets, études et dessins préparatoires. Cette évolution commence en France à la fin du 18ème  siècle. La première exposition des dessins du Cabinet du Roi a eu lieu au Louvre en 1797.

Le dessin comme art autonome, ne visant à rien d'autre que lui-même, naît des discussions dans le milieu des artistes et des amateurs sur les qualités plastiques et les principes gouvernant la peinture. La Querelle du coloris oppose au 17ème siècle les partisans de la couleur à ceux du dessin. Le dessin, dans ces discussions, ne dépend ni de la technique, ni du support. Il s'agit principalement de la ligne de contour des sujets, opposée à la surface colorée et à ses modulations, comme l'a fait Léonard de Vinci. Les polémiques opposent ceux qui prennent exemple sur Poussin pour privilégier le dessin, allant jusqu'à considérer avec méfiance le raccourci, les recouvrements de personnages, les ombres fortes, à ceux qui, admirant Rubens, accordent plus de valeur à ceux qui savent nuancer, juxtaposer, organiser les couleurs, avec une touche visiblement variée. Ce sens restreint du dessin, associé à la perspective linéaire, va se poursuivre jusqu'au 20ème siècle. Les rapports entre dessin et peinture fluctuent. L'impressionnisme reproche en général au dessin le caractère intellectuel et contraignant que lui attribuent les courants picturaux qui l'ont précédé.

Le cubisme renoue avec le dessin, sans l'obligation de présenter, par la perspective, un point de vue unique.Avec Flaxman commence une succession d'artistes qui ne présentent que le dessin linéaire. Au 21ème siècle les dessinateurs trouvent avec la lithographie et le dessin de presse des moyens de vivre de leur activité, sans nécessairement produire autre chose. Bien que les techniques de reproduction contraignent un peu leur style, ils peuvent aussi bien réaliser des peintures dessinées, rendant le clair-obscur par des hachures, que des purs dessins linéaires, comme l'ont fait Picasso, Matisse ou André Lhote.Le dessin animé emploie depuis son invention dans les années 1920 des quantités de dessinateurs.

Dans la deuxième moitié du 20ème siècle, la bande dessinée cesse de s'adresser spécifiquement aux enfants et le dessin narratif, nourri des techniques du dessin de presse, du cinéma, de la littérature, devient une des branches importantes de l’art du dessin.

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