Le royaume de Nikki

Le royaume de Nikki, suite, mai 2017

Nous sommes à Nikki, le sina dunwiru réajuste sa longue tunique, nous regarde avec humilité et assurance avant de s’adresser à nous en ces thèmes :

"Je suis le sina dunwiru, premier ministre à la cour de Nikki".

Premier ministre c’est le titre donné par l’administration coloniale française quand elle a vu que le rôle du sina dunwiru dans le royaume de Nikki s’apparente à celui d’un premier ministre dans un gouvernement en France.

Le sina dunwiru c’est le représentant des nombreux propriétaires terriens d’ici. Nous, les autochtones, dans le royaume de Nikki, possédons le pouvoir spirituel, le pouvoir politique revenant aux Wassangaris (1), ce peuple aventurier qui, à la quête du pouvoir et après un très long périple qui passa par la Nigéria (2), fondèrent avec mes ancêtres le royaume de Nikki.

Jusqu’à ce jour, le sina dunwiru assure encore à Nikki les funérailles du roi défunt, la régence, reçoit les candidatures des prétendants au trône avec le concours des autres ministres de la cour, procède à l’intronisation du nouveau roi à qui il passe le pouvoir et tout ce qui lui est relatif. Le sina dunwiru est le conservateur chargé de passer les informations du trône à chaque roi qui le prend. C’est lui, qui le premier, prononce le nom du nouveau roi devant la population. En bariba on me nomme le nom sina (roi) dunwiru (tête du cheval).

Nous sommes donc la tête du pouvoir parce que le roi se réfère à nous concernant toutes les entreprises et décisions qu’il a à prendre

dans le royaume. Ce rôle, c’est notre famille seule qui en a la charge. Si nous ne sommes plus là demain, c’est un de nos enfants, neveux, cousins, frères…qui reprend ce même rôle. Il ne revient à aucune autre famille de le jouer à part la nôtre. Le pouvoir politique, par contre, peut changer de famille, de lignée au sein des Wassangaris.
Voilà comment les rôles étaient partagés entre les autochtones (baribas) et les étrangers (Wassangaris) pour une bonne cohésion sociale afin d’asseoir une administration centralisée qu’est le royaume de Nikki ».

Quelques sages et notables dans la case commentent à voix basse. Certains hochent la tête en signe d’approbation. Soudain, résonne l’appel du muezzin. Tous se lèvent dans la case et sortent, nous laissant seuls face aux portraits et photos qui nous dévisagent avec insistance. Cinq minutes après, le groupe revient, précédé par le sina dunwiru. Le même dispositif se remet en place et Il continue naturellement son récit, tout comme s’il n’y avait pas eu d’interruption...

A suivre...

 

Improprement appelée ‘’bariba’’ par les colons Français, c’est une ethnie qui peuple une grande partie du nord Bénin (pratiquement tout le département du Borgou et une partie de l’Atacora) dont la langue parlée est le baaténu. Nous reviendrons beaucoup plus tard sur les origines du mot ‘’bariba’’.

Autre groupe ethnique du nord Bénin.

Les noms en français finissant par ‘’a’’ sont, selon la grammaire française, du genre féminin.

 

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