Le royaume de Nikki

Le sina dunwiru (1)

Assis sur des peaux d’animaux, le sina dunwiru domine son assistance depuis la partie la plus surélevée de la pièce. Il est habillé d’un grand agbada (1) qui couvre tout son corps, un bonnet solidement maintenu par un turban blanc sur la tête. Ses yeux sont cachés derrière des lunettes et une barbe blanche orne son menton. C’est un bel homme qui respire la sérénité, la sagesse. Derrière lui sont disposées, pêle-mêle, des photos ou des illustrations de ses prédécesseurs et ancêtres. Des fresques rappelant la culture cavalière de Nikki et autres calendriers complètent le décor. Devant lui, sont assis sur des nattes, des sages et autres notables de Nikki.

Après les salutations d’usage en bariba, l’homme s’adresse à nous dans un français clair et limpide. Nul doute qu’il a fait carrière dans l’administration. A notre tour nous nous présentons, présentons le magazine Bénin Couleurs en lui offrant les quelques exemplaires que nous avons amenés avec nous. Autour de nous un silence déconcertant. L’assistance, quoi que ne comprenant pas le français, nous observe et nous écoute avec une attention inhabituelle. On pouvait même entendre les mouches voler. Nous en étions là quand un groupe d’hommes surgit à l’entrée mais notre présence, apparemment, ralentit son ardeur. Le sina dunwiru doit avoir un planning très chargé.

Nous n’avons pas non plus avalé des centaines de kilomètres, bravé toute cette chaleur pour lâcher prise aussi facilement. Oubliant le groupe qui entoure un monsieur qui porte un gros tam-tam à l’entrée, nous continuons à expliquer au sina dunwiru le but exact de notre présence à Nikki : se faire conter oralement l’histoire de Nikki par les Baribas eux-mêmes pour les lecteurs du magazine Bénin Couleurs. Le visage du sina dunwiru a changé. Il parait plus embarrassé.

Quelques chuchotements derrière nous nous font tourner la tête. On sent la même gêne dans le visage des sages et notables. Nous nous rendons compte tout à coup que nous venons de provoquer un malaise autour de nous. Mesurant l’ampleur de la situation, nous nous éclipsons afin de ne pas jouer les indésirables. Nous nous sommes mis de côté pour rendre le sina dunwiru accessible. Sans se faire prier, l’homme au gros tam-tam retrousse les manches de son agbada et se met en scène. Il joue un rythme particulier en même temps qu’il chante.

En fait il ne chante pas réellement. Soit il récite des litanies soit il déclame à l’image du kpanlingan dans le Danxomé (2). Ceux qui l’accompagnent ainsi que les sages et notables dans la pièce se prosternent devant le sina dunwiru et se frottent les mains à chacune de ses phrases tout en répétant en chœur les mêmes paroles. Nous ne savons pas exactement combien de temps cela dura. A la fin, le groupe disparu comme il fut arrivé, sans autre protocole. Les sages et notables rejoignent leur place c’est- à-dire sur les nattes devant le sina dunwiru. Nous n’osons plus bouger, de peur de créer une autre situation embarrassante. Notre gêne le fait sourire. De la main, il nous fait signe de se rapprocher. Après quelques secondes de concentration, il se met enfin à nous parler de l’histoire de Nikki.

A suivre...

1: Grand boubou qui peut couvrir les bras, même étendus
2: L’historien de l’oralité dans le Danxomé. Lire "le kpanlingan dans le danxomé" de Jérôme Alladayè

 

Authentique Bénin. Le Royaume de Nikki

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