Le royaume de Nikki (suite)

Authentique Bénin, le royaume de Nikki

Le sina dunwiru (1)

L’architecture de la ville est encore principalement de type colonial ponctuée d’anciennes constructions en terre rouge dont les murs sont d’une surprenante épaisseur. Les rues ont gardé les noms et la numérotation de la période coloniale française. Tout autour, de très grands arbres, certains occupés par des oiseaux et d’autres par des chauves-souris. Leur concert matinal, leur tohu-bohu dans un va-et-vient indescriptible nous font lever les yeux alors que les Nikkois (2) ne semblent plus du tout le remarquer. La population est en majorité très jeune. Les aînés, le visage scarifié, en boubou pour la plupart, avec leur barbe blanche et leur regard lent mais perçant, ont l’allure de vieux sages. Les femmes, certaines voilées, semblent être les plus actives, de véritables fourmis besogneuses. Les jeunes filles et garçons vivent dans un monde assez différent de celui de leurs aînés, en témoignent leur mode vestimentaire et leur casque à musique…

Kassim Machoudou, notre contact local, vient nous tirer de notre observation. Nous avons rendez-vous ce matin avec le sina dunwiru, personnage très important et très influent de Nikki. Nous discutons du rendez-vous autour d’un bol de bouillie et de quelques beignets. Nous sommes au pays Bariba et les salutations d’usage sont une très bonne introduction. Ne dit-on pas que ‘’les paroles qui pendent à tes lèvres sont ton passeport’’ ? Notre guide local mit quand même plusieurs minutes avant de nous faire prononcer comme il se doit akunado, alafia, nacera, n’kuaweru (3). ‘’On ne peut masser les mains vides ; il faut de la pommade pour glisser’’. Sur les conseils de Kassim, nous sommes venus avec un présent (symbolique a-t-il insisté) pour le sina dunwiru. Nous voilà fin prêts pour notre audience.

Nous patientons sous un grand iroko, notre guide étant rentré nous annoncer notre présence. Le tronc de l’arbre est recouvert d’un tissu tout blanc, exactement comme on le voit au sud du Bénin. Nous sommes bel et bien sous un arbre sacré. En est-il de même pour toutes ces chauves-souris qui ont pris d’assaut toutes les branches de l’arbre ? Ici encore nous avons droit à un concert géant de ces inquiétantes créatures qui, comme pour nous narguer, nous défèquent allègrement dessus. Par respect pour le lieu, nous n’osons bouger d’un iota. La dame assise à côté nous parle bariba tout en riant à gorge déployée. Ne comprenant rien de ce qu’elle nous dit, nous lui répondons par un petit sourire. Les rires partent de plus bel…

Kassim revient et, de la main, nous fait signe de le suivre. Nous passons par une entrée sans porte qui nous amène devant une case où sont déposées plusieurs chaussures. Sans protocole nous nous déchaussons à notre tour. L’entrée de la case est assez petite, ce qui nous oblige à nous baisser pour la franchir, Kassim toujours devant. Tous les regards se tournent vers nous. Nous restons embarrassés quelques secondes avant que Kassim ne se prosterne devant un monsieur. Nous nous prosternons aussi même si nous ne comprenons pas les échanges qui suivent en bariba. Un ‘’bonjour, bonne arrivée’’ nous ramène à notre réalité. Sans attendre nous lançons un ‘’akunado’’. Notre interlocuteur glisse un petit sourire avant de laisser échapper : alafia.

Nous sommes devant le sina dunwiru, le premier ministre du roi de Nikki.

A suivre…

  • Sina=roi dunwiru= tête du cheval
  • Les habitants de Nikki
  • Bonjour, merci, au revoir
Authentique Bénin, le royaume de Nikki

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